vendredi 12 décembre 2008

Claire Basler

Danse de tiges et de nuages, ondoiements d’herbes folles ou de troncs pelés, frous-frous de pétales et frissonnements de feuilles en bataille… Vibrant sous le chatoiement des roses et des mauves poudrés, l’éclat des pourpres et des jaunes d’or ou la douceur des bleus gris et des verts givrés, les tableaux que, depuis trente ans, Claire Basler n’a de cesse de peindre, apparaissent comme de véritables chorégraphies végétales.Peints à l’huile, soit sur de longs panneaux (pouvant être agencés en frise ou composer, au gré de l’inspiration, des paravents), soit sur de petits carrés disposés en polyptiques, ou encore sur la terre crue et tendre desbarbotines, ces morceaux de nature dévoilent, de toile en toile, la vie secrète des plantes. Un univers fascinant de métamorphoses dont Claire Basler, amoureuse des fleurs et gourmande de couleurs, ne se lasse de révéler l’inépuisable richesse. De ce monde silencieux en apparence, mais tonitruant pour qui sait écouter ses envoûtants chants colorés et regarder ses héroïques batailles, l’artiste parvient à rendre les moindres frémissements et les plus infimes palpitations.Toute de fluidité et de sensualité, plainte ou caresse, sa touche, virtuose, tantôt ondoie sur la toile, comme à fleur de peau, tantôt triture la matière, pour dire toute la fragilité de ces beautés éphémères. Et raconter, de l’éclosion du bourgeon au flétrissement de la feuille, de l’épanouissement à la dégénérescence, leur combat pour la vie, semblable, selon l’artiste, à celui des hommes…Car, pour Claire Basler, s’il ne fait pas de doute que « les fleurs ont une âme », on retrouve dans la plante « qui se plie au gré du vent et recherche la lumière, un mouvement vital très proche du nôtre ». « Je ne vois pas beaucoup de différence entre les plantes et nous, si ce n’est que nous avons la parole, qui est un outil bien dangereux… », n’a pas peur d’affirmer cette amante de la terre qui regrette de ne pas avoir assez de temps pour bêcher son jardin. « C’est merveilleux d’observer la pousse des plantes, la façon dont elles peuvent renaître spontanément, s’épanouir, se faner…De s’inquiéter pour une fleur que l’on voit un jour se pencher, batailler, se courber et, le lendemain, se tenir droite… Nous sommes pareils : l’on subit des orages terribles puis, l’on se remet. Je suis touchée par la ténacité de la nature par ce mélange frappant de force et de fragilité » contenue dans la plante, qui « me renvoie sans cesse à ma propre vitalité, à ma propre tempête, et en même temps à la légèreté ».Jouant constamment du contraste des empâtements et des transparences, de la superposition des fonds terreux et granuleux et de l’onctuosité miroitante des bouquets (d’arbres, d’herbes ou de fleurs), l’artiste a ainsi fait de sa technique une sorte d’allégorie tactile des éléments.« Quand une fleur sort, elle appartient à la densité de la terre et elle attrape l’air. C’est un équilibre parfait, en tout cas, une source inépuisable de sentiments et d’expressions car les fleurs ont toutes une expression. La pivoine, c’est la douceur même ; le cosmos, c’est une danse, la légèreté ; le bégonia, une gestuelle presque abstraite ; l’iris, une fleur fascinante, très énigmatique, qui incarne à la fois la pureté, par la blancheur immaculée de ses pétales, et la violence, par sa façon de se développer en courbes étranges, très sinueuses et très graphiques. »Chantre de « la magie et de l’opulence de la couleur »- « un monde à part entière » dont les fleurs révèlent les nuances infinies-, Claire Basler parvient à déployer dans ses enivrantes féeries de pavots, de tournesols et d’ombellifères, dans ses tendres enlacements d’anémones, de capucines ou de pivoines, et dans ses cruelles Batailles de tulipes et de lys, une palette expressive d’attitudes et d’émotions tout humaines. Si la fleur est pour elle à l’image du jaillissement spontané et de nos sentiments (« La fleur est le reflet de nos joies et de nos soucis quotidiens. Ce n’est pas sans raison que nous aimons être entourés de bouquets… ») ,elle assimile davantage le paysage (auquel elle aime à s’exercer sur de très grands formats) à la splendeur immémoriale. Tandis que, de la gestuelle végétale et des tiges, elle sait magnifier la beauté graphique dans de somptueux décors de barbotines (grands ciels clairsemés de lys et de pavots rouges composant d’immenses plats ronds, vases demi-lune, fûts enguirlandés de tiges…), ainsi que dans l’audacieuse répartition des pleins et des vides de ses dessins de tissus.Tel ce défilé de marguerites sur fond de crosse de fougères évoquant quelques fantasques théâtres d’ombres chinoises.

Stéphanie Dulout - Novembre 2005 - L'EVENTAIL

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